2020 : embarquement immédiat pour le Théâtre Forum

1960 : favelas de Sao Paulo. Augusto Boal, homme de théâtre brésilien met au point une méthode de théâtre interactif,"fait par le peuple et pour le peuple."



Improviser et fixer une scène sur la réalité sociale, économique ou sanitaire d'une communauté. Jouer cette scène à un public et la fixer sur une situation bloquée, sous haute tension. Proposer au public de prendre le relais des comédiens et de trouver collectivement des alternatives positives. Se mettre en mouvement et repartir avec une vision enrichie du monde et des clefs pour passer à l'action.

C'est l'histoire d'un projet de bénévolat qui me tient particulièrement à coeur.

Oui ! Particulièrement à coeur, parce que ce projet est intergenérationnel & interculturel, parce qu'il est participatif nous rendant acteurs du changement inéluctable, parce qu'il propose une lecture avec discernement et clarté de notre époque moderne, "vulnérable, incertaine, complexe, ambigüe."* Lorsque Florian -professeur agrégé de sciences économiques et sociales d'élèves de 1ère et Terminale, engagé et passionné par l'accompagnement des jeunes générations sur les savoirs-faire, savoirs-être et savoirs-devenir- m'a partagée son idée surprenante de mettre en place le premier Théâtre Forum dans son lycée, j'ai dit : "Banco ! J'en suis." Florian à Guillemette, lors d'un café/thé Refaire une nième fois le monde :
F, un air grave et malicieux : -"La raison d'être de ce projet, voyez-vous, c'est le lien social. Trop souvent, c'est assez simple, nous lisons les journaux, regardons le 20H, nous nous gavons d'information sur les réseaux sociaux, nous laissons les algorithmes faire le tri des faits marquants et divers sur notre réalité communautaire et nous passons au suivant. Au suivant ! Plusieurs interrogations sur ce drôle de monde et le lien qui nous unit. J'ai envie cette année qu'adultes et élèves nous nous "pausions" [F. marque un sérieux temps d'arrêt et mime une pause en figeant ses mouvements] et agissons en faveur du lien social."
G, la tasse de thé reposée avec des grands gestes qui partent dans tous les sens, énergique : -"J'ai mes antennes cérébrales qui s'activent, Monsieur Le Professeur, et une hyperactivité créative en ébullition. Tenez, par exemple, faisons un 3+2+2+1 : 3 séances d'écriture collaborative, 2 séances de mise en scène, 2 séances de répétition et 1 représentation...[G. regarde en l'air, parle aux tables voisines] Et tenez encore, voyons plus grand, plus loin, une représentation en plein air, dans un parc, ou bien attendez, pourquoi pas à Epidaure ?!"
F, convaincant, sérieux, regard direct les deux mains sur la table : -"Très chère, je vous rejoins. Mais il y aura un cadre de travail à respecter, une académie à convaincre, une agilité administrative à adopter. Restons au coeur de la Cité, prenons le 12eme arrondissement. Je n'en puis déjà plus d'attendre la fin des longues soirées d'hiver. Démarrons en janvier, soyons dans le concret."
G, debout, rayonnante, s'adressant à l'ensemble du café : -"Mesdames et Messieurs, je vous prends pour témoins et vous confie mon âme. Si par mégarde je ne saurai tenir ma promesse, vous la vendrez sur Amazon, Ebay ou la donnerez à une ressourcerie de quartier. Je chausserais mes plus belles paires de randonnée pour aller arpenter les rues de Paris, je roulerais avec les Velib' même les plus abîmés pour esquiver les infernales trottinettes électriques endiablées, je me coucherais beaucoup plus tôt pour recharger les batteries de mon cerveau et je me lèverais aux aurores pour évaluer les itinéraires direction lycée en or, s'il le faut. Je serai là avec avec vous, Monsieur Le professeur, avec vous, l'équipe pédagogique et les quatre-vingt élèves, en temps et en heure. Deux mille vingt, embarquement immédiat pour le Théâtre Forum."

7 janvier 2020 : avons réalisé notre 1ère séance d'écriture collaborative au lycée

Briser la glace, poser le cadre, le but du projet, le timing, les rendez-vous. Proposer et valider ensemble. Ne jamais imposer. Aller chercher l'inspiration, faire tomber la barrière de l'écriture, utiliser le bon vieux cadavre exquis. Le réinventer et y saupoudrer un brin de modernité. Co-écrire, faire en sorte que les histoires appartiennent à tout le groupe et à personne en même temps. Placer les élèves au coeur de l'accompagnement et se positionner en tant que facilitateurs pour libérer les énergies créatives. Co-animer. Bienveillance, humilité, pas de censure.
1/ "Instagramer" la raison d'être de l'histoire choisie par chacun des sous-groupes sur une feuille de papier recyclée, synthétiser leur intention, pourquoi le sujet de la saynète est important, à quoi/à qui va-t-elle servir ?
2/ Ecrire l'incipit de chacune des histoires, et pour ajouter du piquant, écrivons donc cette première phrase en reprenant la story Insta du groupe voisin !
3/ Rédiger les étapes narratives : qui, quoi, comment, où ? Faisons encore tourner les histoires d'un groupe à l'autre et maintenir le rythme.
4/ Finaliser la trame de l'histoire par la rédaction de la situation de blocage, condition de réussite décisive dans le Théâtre Forum. Nous voulons du drame, du chaos, de la catastrophe, des situations en apparence inextricables.
Résultats : les 4 premières histoires du Théâtre Forum ont éclot, du pur bonheur, un vrai régal. Des élèves, je cite, "enjoués Madame et Monsieur, avons hâte de vous retrouver !"
Le projet expérimente ses premiers pas. Nous visons une représentation en juin. D'ici là, au plaisir de vous retrouver et vous partager les suites du projet "Théâtre Forum au lycée et lien social".
Je serai ravie de récolter vos retours, encouragements, suggestions, questionnements, ... Profitons de ce hub, formidable terrain d'expression libre.
A bientôt
Guillemette Panayi
Certified Coaching | Learning | Development | Individual & Organizational Change Management |
Co-autrice avec Cécile Dupire "Si tu as cru au Père Noël pendant 6 ans, tu peux bien croire en toi 5 minutes", aux Ed. Larousse, Chronique BMF Business, My HappyJob, ici

Commentaires

  1. Merci pour ce partage, vive 2020, faisons du bien à la Cité !

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